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Tchad-Tribune: 2023 est une année de lutte contre les instabilités au Tchad

 

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Chers compatriotes,
L’année 2022 qui s’achève aura marqué les esprits des Tchadiens mais aura concrétisé également nos craintes, les craintes des observateurs avertis de la scène sociopolitique tchadienne. Nous devrons jeter un regard rétrospectif sur cette année et se fixer de nouveaux challenges à la hauteur des défis qui se présentent à nous en tant que nation.

L’année 2022 aura d’abord marqué les esprits par la démonstration de la cruauté du système politique qui nous gouverne. La manifestation de cette monstruosité aura démarré dès janvier par les massacres d’Abéché que rien au monde ne pouvait justifier. Elle aura également été marquée par les manœuvres politiciennes de Doha et de N’Djamena au cours de laquelle tous les subterfuges ont été utilisés pour faire accepter le plan de dévolution dynastique au pouvoir. L’année 2022 a également été une année de massacres de milliers de nos populations rurales : Santana, Mangalmé, etc. sont encore frais dans nos esprits et annoncent d’autres tueries au cours des semaines à venir, en cette période où, malheureusement, les hommes et le bétail sont en compétition pour la récolte des champs. Enfin, cette année nous aura gravé à l’esprit que la cruauté humaine reste tolérable du point de vue des observateurs internationaux lorsque leurs intérêts ne sont pas touchés. Près de 70 jours après les massacres du 20 octobre 2022, la communauté internationale tarde à constituer une mission d’enquête internationale crédible pour faire la lumière sur les faits gravissimes de ce trimestre tandis que notre institution africaine s’est murée dans un silence assourdissant tant le « un poids deux mesures » est patent.

Le Tchad de 2022 est en somme un pays d’horreurs. L’année 2022 a été une somme d’horreurs pour tous les Tchadiens, des ruraux comme des urbains, des jeunes comme des moins jeunes, des peuples du nord comme du sud, de l’est à l’ouest en passant par ceux du centre.

Face à ce vent d’horreurs, je dois saluer le courage de la jeunesse Tchadienne de tous les horizons. Pour la plupart d’entre eux, le premier obstacle à la manifestation de leur engagement citoyen a été leur parent. Je salue la mémoire de nos martyrs tombés sous les balles assassines ou par torture d’hommes sans cœur. Je dois également rendre hommage à tous les parents qui ont accepté le sacrifice des leurs. Hommage également à tous ceux qui ont assumé leur droit à objecter les ordres illégaux. Courage et honneur à tous les rescapés des déportations au camp de KoroToro, à tous les blessés, à tous ceux qui ont été obligés de se réfugier à l’extérieur du pays ou de vivre en clandestinité !

L’année 2022 a également été l’année de concrétisation de nos craintes. Non pas parce que cette année n’aura pas permis d’atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés mais parce qu’un scenario des plus terrifiants de début d’année menace de se concrétiser sous nos yeux. Ce scenario, de dislocation du Tchad, tous les camps l’ont craint, mais personne n’a pris le courage d’y faire face de façon déterminante. Conjurer ce scénario supposait de réussir le dialogue politique, c’est-à-dire, en faire un moment de débat sincère, de mise en route des reformes profondes de l’Armée, de refondation de notre contrat social et de mise en route d’un processus de justice transitionnelle. Nous avons tous compris que l’heure du changement a sonné ! Nous avons également démontré qu’il était possible de faire prendre à notre nation une nouvelle direction. Nous avons pour cela, avec l’énergie du désespoir, tenté de prévenir, d’alerter, d’encourager au choix d’un chemin vertueux, celui de faire sortir le pays de l’impasse par le haut. Il semble que tous ces efforts ne soient pas à la hauteur, tant la volonté du système de conserver l’ordre ancien était également grand. Le tissu social est aujourd’hui déchiré et d’un côté comme de l’autre, chacun semble se renforcer pour affronter une nouvelle année 2023.

Trois scenarii d’avenir semblent se dessiner à l’orée de 2023 : (i) Le système et le clan se réinstallent via des élections truquées, (ii) une guerre civile généralisée aboutit à une implosion du pays ou (iii) une révolte populaire chasse le régime du pouvoir. Si le premier scénario diffère fondamentalement des deux suivants, par une nouvelle tournure de la lutte pour la dignité et la survie du peuple Tchadien que cela suppose, pour affronter l’appareil de répression de la junte militaire clanique et ses soutiens extérieurs et intérieurs, il reste que les deux premiers scenarios pourraient aboutir à un changement de leaders à la tête du pays mais pas à une réelle libération entre les mains du système de prédation en place. Nous restons toutefois convaincus que la dignité et la survie du peuple Tchadien ne peuvent être obtenues sans la recherche d’un objectif encore plus déterminant pour l’avenir de notre pays en tant que part dans un continent en mutation : notre souveraineté.

Dans notre adresse du 27 novembre 2021 nous avons attiré l’attention sur la nécessité de nous fixer un seul objectif et mobiliser sur la base de cet objectif. Nous voudrions encore une fois relever l’importance d’avoir une lecture la plus objective et la plus stratégique possibles de notre situation et de garder l’espérance en notre capacité à relever les défis qui se présentent à nous :
- Le système clanique à la tête de notre pays est à l’origine de tous les clivages, il l’entretient et l’alimente par l’impunité, l’injustice et l’exclusion ;
- La France a été toujours aux cotés des Autorités politiques du pays, pour mater toute contestation, d’abord sous le pouvoir sudiste de Tombalbaye, jusqu’au pouvoir d’Idriss Deby Itno qui a bénéficié de tous les soutiens pour construire une armée clanique.
- Les populations, du nord au sud, de l’est à l’ouest en passant par le centre, ont été le souffre-douleur d’un système MPS-France qui a pour seuls objectifs de servir leurs auteurs et soutiens. Le BET n’échappe en vérité pas à cette situation générale, le système continuant de faire des jeunes de cette région de la chair à canon pour préserver le pouvoir politique, rendant impossible toute possibilité de développement local.

Dans cette perspective les ennemis de notre bien-être se retrouvent être les mêmes que ceux des pays africains de la zone : une oligarchie téléguidée de l’extérieur et qui doit sa longévité et sa sécurité à l’Armée française. Si nous avons à surveiller les agissements de ce système qui est aux abois, nous devrions surtout nous interroger sur son agenda sous-régional afin de rester en phase avec les luttes de nos frères africains.

Alors, si l’ennemi est bien cerné, nous n’avons pas un message particulier à adresser au peuple Tchadien, si ce n’est celui de la détermination à aller jusqu’au bout de cette résistance citoyenne. Oui, nous devrons refuser de mourir à petit feu ; nous devrons au contraire braver le système pour nous libérer définitivement.

Alors, il n’y a pas d’autres choix que le choix de l’action. Agir pour mettre fin aux instabilités, à la monarchisation de la République, agir pour regagner notre dignité, agir pour la justice et l’égalité, agir pour préparer un avenir radieux à nos enfants, agir pour notre souveraineté aux côtés d’autres peuples d’Afrique.

L’ennemi de la paix, de la justice, de l’inclusion et du développement nous impose la violence comme moyen de nous libérer mais comme ces jeunes qui ont bravé à main nue la junte militaire clanique, nous devrons éviter de nous laisser entrainer sur son terrain de prédilection. Je nous invite à multiplier intelligemment nos moyens de contestation pacifique de ce pouvoir militaire clanique. Je nous sais désormais outillé et aguerri en la matière et je n’ai pas de doute que nous saurons faire de notre nombre le principal bouclier face à ce pouvoir clanique. Lorsque je parle de pouvoir militaire clanique, je ne fais aucune offense bien évidemment à l’engagement de mes camarades de lutte, et ils sont nombreux qui sont issus de ce clan, camarades que je respecte profondément et qui sont les véritables héros de cette lutte. Oui, ces frères de lutte non seulement bravent quotidiennement le rejet de leurs communautés, mais expriment bien clairement également leurs rêves d’un Tchad Nouveau, rêve que nous partageons avec eux. Que l’on ne se trompe donc pas d’analyse ni d’objectif : ce qui doit être combattu aujourd’hui doit être clairement énoncé et ce système revêt toutes les dimensions d’un pouvoir clanique et militairement maintenu et assisté de l’extérieur. Un tel pouvoir, nous devrons le combattre aujourd’hui et demain, quel qu’en soit le clan, l’ethnie, la région ou la religion.

Mais, nous devrons choisir d’agir ensemble, collectivement et par tous les moyens à notre disposition pour mettre un terme aux instabilités et recouvrer notre dignité et notre souveraineté en tant que nation. Nous avons pour cela de nombreux atouts à notre disposition, le premier de ces atouts reste que le système sécrète inlassablement les éléments qui alimentent le rejet des populations. Dans cette quête qui est aussi la quête de nombreuses autres nations, nous pourrons bénéficier de soutiens déterminants….

Dans une intelligence collective, nous devrons être en mesure de concevoir et mener les actions, telles des pièces d’un unique puzzle, qui puissent nous conduire à cette libération. Les bases de cette action collective doivent être construites sur :
- la recherche de la justice pour tous les martyrs et les victimes de tous les évènements qui ont cours depuis le déclenchement de la transition en avril 2021, y compris la recherche de la vérité sur la mort d’Idriss Deby Itno ;
- Le développement de l’autodéfense dans nos provinces, et un soutien multiforme à nos provinces ;
- La mise en route de tous les corps sociaux pour mener la contestation d’un pouvoir dont l’illégitimité ne fait plus l’objet de débat ;
- La lutte pour le départ des troupes militaires françaises du Tchad ;
- La solidarité et la compassion dans toutes les situations vécues par nos populations et nos leaders.

Sur ce chemin, je vous promets mon soutien indéfectible. Je ne serais plus derrière vous comme par le passé, mais à vos côtés, luttant coude contre coude pour mettre fin à ce régime.

A mes camarades de luttes, je voudrais nous souhaiter tout d’abord le renouvellement de notre espérance en l’avenir. Je voudrais ensuite nous souhaiter d’exprimer avec plus de conviction notre humanité, c’est-à-dire notre volonté et notre capacité à faire du Tchad un havre de paix pour tous ses habitants et de redonner à Toumaï, berceau de l’humanité, sa place de nation en symbiose avec tous les peuples de notre village planétaire. Que 2023 soit l’année où les préjugés et les barrières tombent. Que 2023 soit une année où nos luttes convergent pour plus d’efficacité.

Que la Gloire de notre Dieu soit manifeste en chacun !

Bonne et heureuse année 2023 !

Djoret