Tchad: le message du Président de la République à la Nation Tchadienne

Tchadiennes, Tchadiens
Mes chers compatriotes
À la veille de la célébration du soixante-sixième anniversaire de notre indépendance, je m’adresse à vous avec confiance et espérance. Célébrer ce 66ᵉ anniversaire de notre accession à la souveraineté, c’est renouveler la promesse faite en 1960 par tout un peuple décidé à prendre son destin en main. Un pays ne naît qu’une fois, mais il s’assume et se réaffirme chaque jour. En ce jour de mémoire et de communion nationale, mes pensées se tournent vers celles et ceux qui ont porté le rêve d’un Tchad libre, indépendant, uni et souverain. Je m’incline avec respect devant la mémoire des pères fondateurs de notre Nation, mais aussi devant toutes ces femmes et ces hommes restés dans l’ombre dont le travail silencieux a édifié le Tchad. Je rends un hommage vibrant à nos héros connus ou anonymes, issus de toutes les générations, qui ont servi notre pays avec courage, patriotisme et quelque fois au prix du sacrifice suprême.
À cet hommage, j’associe ma profonde reconnaissance envers nos Forces de Défense et de Sécurité qui, chaque jour, depuis des décennies entières, veillent sur l’intégrité de notre territoire et protègent notre peuple. À ceux qui sont tombés au champ d’honneur, à l’intérieur du pays ou à l’étranger, la Nation renouvelle sa reconnaissance. Leur sacrifice nous oblige et leur mémoire nous rassemble.
Mes chers compatriotes
Une Nation ne devient pas grande par la seule immensité de son territoire, mais par l’unité de son peuple. En réaffirmant notre fidélité à l’esprit de l’indépendance, nous restons unis et engagés pour bâtir ensemble un Tchad souverain, juste et réconcilié avec lui-même.
Le 11 août n’est pas seulement une date historique. C’est un rendez-vous avec notre conscience collective. C’est un moment d’examen de notre parcours. L’indépendance est un héritage précieux, mais elle est surtout une responsabilité constante. Depuis soixante-six ans, notre pays a connu des épreuves, des crises et des moments difficiles. Mais le Tchad est toujours resté debout. Il est resté debout grâce au courage de son peuple, à sa résilience et à sa volonté de préserver son unité. Notre histoire nous enseigne qu’aucune difficulté n’est insurmontable lorsqu’un peuple avance uni autour d’un seul objectif, au-delà de notre diversité et de nos divergences d’opinion, pour servir notre patrimoine commun qui est le Tchad. C’est pourquoi je vous invite à regarder notre passé avec fierté, notre présent avec lucidité et notre avenir avec confiance. Chaque génération reçoit le Tchad en héritage. Notre devoir est de le transmettre plus fort, plus juste, plus prospère, plus uni et plus souverain. Notre responsabilité est donc claire : bâtir un État exemplaire, protéger le bien public, promouvoir le mérite, renforcer la justice et consolider la paix.
Aucune nation ne peut avancer dans la division. C’est pourquoi je réaffirme mon engagement à la consolidation de notre unité et à l’ancrage de notre solidarité. Aucun individu, aucune communauté, aucune province ne peut construire seul l’avenir de notre Nation. C’est ensemble que nous réussirons.
Tchadiennes, Tchadiens,
Célébrer notre indépendance est d’abord un devoir de mémoire. Un moment pour mesurer le chemin parcouru, mais aussi pour affronter les défis qui freinent notre marche vers la prospérité.
Parmi ces défis majeurs figurent les conflits intercommunautaires qui sèment la mort et endeuillent les familles. Ces tragédies ne sont pas une fatalité. Elles découlent d’un accès inéquitable aux ressources, de la lenteur de la justice, de la circulation incontrôlée des armes, ainsi que de la responsabilité de politiciens véreux, d’administrateurs défaillants et d’ingérences extérieures. Pourtant, notre histoire nous rappelle que la diversité du Tchad est une richesse, et non un motif de division. Elle nous rappelle également que le vivre-ensemble doit être un engagement constant de tous !
Nous devons changer de paradigme. La gestion d’urgence ne suffit plus. Nous devons privilégier la prévention et la réconciliation durable. Cela exige une justice prompte pour mettre fin à l’impunité.
J’appelle également les chefs traditionnels, les leaders religieux, les acteurs politiques, les médias à œuvrer dans le sens du renforcement de la cohésion sociale : ils doivent cesser d’être de simples spectateurs ou de protéger les fauteurs de troubles. En parallèle, nous devons intensifier la lutte contre la circulation illicite des armes et traquer les réseaux de trafic en collaboration avec nos voisins. J’appelle mes compatriotes qui sont toujours manipulés de l’extérieur afin de fragiliser la paix, l’unité et le développement de notre pays à se ressaisir et à prendre conscience. Le Tchad a trop souffert des affres de la guerre et de la déchirure. Je vous invite à être des patriotes qui aiment leur pays au-delà de leurs intérêts personnels.
Face aux multiples défis sécuritaires, il est indispensable de continuer à renforcer nos Forces de Défense et de Sécurité à travers un programme ambitieux de modernisation : équipements de pointe, renforcement des formations et amélioration des conditions de vie de nos soldats.
Mes chers compatriotes,
Depuis plusieurs années, notre pays est exposé à un contexte régional marqué par l’instabilité, les défis sécuritaires, les difficultés économiques et les effets du changement climatique. Malgré cela, le Tchad a poursuivi sa marche avec ordre, méthode et détermination. Cette marche résolue est le fruit d’un effort commun. Elle est portée par toutes les forces vives de la Nation qui ont contribué à cette dynamique par leur esprit de dialogue et leur sens de responsabilité. À cet égard, je voudrais relever l’importance du rôle déterminant joué par les Tchadiennes et les Tchadiens de tous les horizons qui ont dit non à la guerre et ont répondu massivement à notre politique de la main tendue dès les premières heures de la transition.
Notre pays, le Tchad, a ainsi réalisé l’exploit de sortir de la transition avec un retour ordonné et salué à l’ordre constitutionnel.
Cette prouesse a été rendue possible grâce à la volonté de tous, notamment des politico-militaires qui ont déposé les armes pour saisir la voie du dialogue et de la paix. Conformément à l’accord de Doha, nombre d’entre eux se sont transformés en partis politiques et participent à la vie démocratique de notre pays.
En effet, la participation de plus de 300 partis ou regroupements de partis politiques aux élections référendaires, présidentielles, législatives, locales et sénatoriales prouve à suffisance les avancées démocratiques de notre jeune nation.
Je me réjouis aussi des avancées institutionnelles dans la mesure où les institutions issues de la Constitution de la Vᵉ République sont mises en place. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que la force motrice de notre pays est le dialogue et la réconciliation.
Dans le même sillage, la classe politique a négocié et arrêté par consensus un nouveau cadre permanent de dialogue politique, représenté de manière paritaire et tournante entre la majorité et l’opposition. En ma qualité de garant de ce cadre de dialogue politique, je demande aux dirigeants de toujours privilégier le consensus dans la délibération. Je les exhorte aussi à ouvrir le dialogue aux partis politiques restés en marge du processus pour une plus grande inclusivité, car les adversaires politiques ne sont pas des ennemis. Pour renforcer notre cohésion, il est indispensable de renforcer le dialogue interreligieux, de lutter contre l’extrémisme et de sensibiliser au vivre-ensemble, et de faire respecter la Loi de la République. Le dialogue social issu du pacte social a fait ses preuves et devra être renforcé, car il n’y a pas de développement sans paix sociale.
La priorité de mon mandat est l’amélioration des conditions de vie des populations. Qu’il s’agisse de l’éducation, de la santé, de l’accès à l’eau et à l’électricité, des infrastructures de base, mes engagements sont fermes et le Gouvernement se doit de les traduire en réalités palpables. Je demande à tout responsable de l’État, à quelque niveau qu’il soit, d’assumer ses responsabilités ; quant à moi, je vais amplifier mes descentes inopinées et des sanctions s’ensuivront.
Je réaffirme mon ferme engagement à faire de la décentralisation une réalité de mon mandat. Les collectivités autonomes ont été élues et installées dans nos 124 départements, des moyens importants ont été mis à disposition, mais la gouvernance laisse encore à désirer.
Il est encore temps de se ressaisir afin que l’espoir de la pratique de la démocratie locale ne soit pas une illusion. Le Gouvernement est instruit à l’effet d’accélérer la mise à disposition des compétences et à l’augmentation graduelle des ressources aux collectivités autonomes, pour que le développement à la base soit à la hauteur des attentes locales.
Tchadiennes, Tchadiens
Notre ambition demeure inchangée : bâtir un Tchad fort, uni et prospère. Nous poursuivons la modernisation de l’État, le renforcement des services publics, la transformation de notre économie et la création de nouvelles opportunités pour notre jeunesse.
Sur le plan international, le Tchad retrouve progressivement une place importante dans le concert des Nations. Notre voix est davantage entendue et nos partenariats se développent dans les domaines de l’énergie, de l’eau, de la santé, de l’élevage, de l’agriculture, des infrastructures, de la sécurité, de la formation, du numérique, de l’investissement et de la diplomatie. Fidèle aux engagements que j’ai pris devant le Peuple en faveur de la souveraineté de notre pays dans tous les domaines, nous avons posé des actes concrets. Certes, ces actes ne seront pas sans conséquences, mais chaque génération doit faire des sacrifices pour les générations futures. En prenant des actes courageux aujourd’hui, demain nos enfants en récolteront les fruits.
Mes chers compatriotes,
Quant aux avancées économiques, la Table ronde internationale consacrée au Plan National de Développement « Tchad Connexion 2030 » a confirmé la confiance renouvelée de nos partenaires dans notre pays. Cette confiance nous oblige à plus de rigueur, de transparence et de bonne gouvernance. Les résultats obtenus nous encouragent, mais ils ne nous satisfont pas. Je connais les attentes de nos populations. Elles demandent davantage d’eau, d’électricité, de routes, d’emplois, de soins, d’écoles et de justice. Je les entends. Je les comprends.
Notre devoir est de transformer ces attentes en résultats concrets. C’est pourquoi la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et la gestion responsable des ressources publiques demeurent des priorités absolues. Chaque franc de l’État appartient au peuple tchadien. Il doit servir à construire des écoles, des centres de santé, des routes, des infrastructures hydrauliques et énergétiques. La corruption, le détournement des ressources publiques, la fraude et le favoritisme sont des entraves au développement. Ils privent notre jeunesse d’opportunités et compromettent notre avenir. La lutte contre ces pratiques sera menée avec fermeté, impartialité et dans le respect des droits de chacun. L’État doit être exemplaire. Chaque dépense publique doit être utile. Chaque projet doit produire des résultats visibles pour nos concitoyens. J’interpelle, une fois de plus, les entrepreneurs tchadiens à investir au Tchad afin de participer à la création de richesses et d’emplois.
Tchadiennes, Tchadiens
Notre avenir doit reposer sur une économie forte, diversifiée et créatrice d’emplois. Le pétrole demeure un levier important de notre développement, mais il ne peut constituer notre seul horizon. Nous devons mieux valoriser nos ressources naturelles, développer notre agriculture, moderniser notre élevage, soutenir nos entrepreneurs et encourager l’innovation.
L’eau, l’énergie, le numérique et les infrastructures constituent les piliers de notre action. L’accès à l’eau potable restera une priorité nationale absolue. L’électricité sera davantage développée afin de soutenir l’industrie, les entreprises et l’amélioration des conditions de vie. Nous devons également accélérer notre transformation numérique afin d’offrir à notre jeunesse de nouveaux outils d’apprentissage, d’innovation et d’entrepreneuriat.
La plus grande richesse du Tchad n’est pas seulement dans son sous-sol. Elle est dans ses femmes, dans sa jeunesse, dans l’intelligence et le courage de son peuple. Notre priorité restera donc l’investissement dans l’être humain.
À notre jeunesse, je veux dire : vous n’êtes pas seulement l’avenir du Tchad, vous êtes déjà son présent. L’État continuera d’investir dans votre éducation, votre formation, votre insertion professionnelle et votre capacité à entreprendre. Croyez en vos talents. Croyez en votre pays. Servez la Nation avec honneur et responsabilité.
Je veux également rendre hommage aux femmes tchadiennes. Dans les villes comme dans les campagnes, elles portent nos familles, participent à notre économie et contribuent chaque jour à la construction nationale. La promotion de leurs droits, de leur autonomie et de leur participation aux responsabilités publiques restera une priorité.
Notre école demeure le premier chantier de la République. C’est dans les salles de classe que se prépare le destin du Tchad. Nous poursuivrons nos efforts pour améliorer la qualité de l’enseignement et renforcer notre système de santé afin que chaque citoyen puisse bénéficier des services essentiels.
La culture, les arts et le sport continueront également d’être soutenus, car ils portent notre identité et renforcent notre rayonnement. À nos compatriotes de la diaspora, je veux dire que le Tchad compte sur vous. Votre expérience, vos compétences et votre attachement à la patrie constituent une richesse pour notre Nation.
Mes Chers Compatriotes,
L’avenir du Tchad dépend de notre capacité à rester unis et solidaires malgré les épreuves. La main tendue, la paix sociale, la réconciliation, le vivre-ensemble et l’unité nationale exigent de nous un dépassement de soi et impliquent une exigence de pardon. C’est dans cet esprit, et conformément aux pouvoirs que me confère la Constitution, que je prendrai un acte de grâce présidentielle au profit de plusieurs de nos compatriotes condamnés.
Nous devons dépasser nos différences, rejeter les divisions et placer l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus de toutes les considérations particulières.
Le patriotisme n’est pas seulement un sentiment. C’est un comportement. C’est respecter la République. C’est protéger le bien commun. C’est travailler honnêtement. C’est transmettre aux générations futures un pays plus fort que celui que nous avons hérité. En ce jour anniversaire de notre indépendance, souvenons-nous que nous avons une même histoire, une même terre et un même destin.
Que chacun d’entre nous devienne un bâtisseur de paix, un acteur du développement et un gardien de l’unité nationale. Et c’est ensemble, dans l’unité, dans la discipline et dans l’amour de notre patrie, que nous parviendrons au Tchad que nous voulons, pour nous-mêmes et pour les générations futures.
QUE DIEU VOUS BÉNISSE ! QUE DIEU BÉNISSE LE TCHAD !
JE VOUS REMERCIE



