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L’AES à l’épreuve du péril djihadiste au Mali

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 Au départ, il s’agissait d’un blocus, voire de sabotages ou de perturbations des terroristes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) contre l’approvisionnement en hydrocarbures des principales régions et villes du Mali. Les derniers développements de l’actualité font craindre le pire. L’analyse d’Éric Topona.

✍️Éric Topona

Pour nombre d’observateurs, les attaques des terroristes islamistes, à leurs débuts, n’étaient guère de nature à donner lieu à des inquiétudes alarmistes, car il s’agit de stratégies de combat classiques dans toute guerre. Mais, au fur et à mesure que les nuisances du JNIM s’étendent sur la longue durée, les autorités maliennes, les populations et la communauté internationale réalisent qu’il s’agit en réalité d’une stratégie d’asphyxie de l’État malien tout entier.

Les hydrocarbures sont le poumon sans lequel aucun État ne peut se maintenir, y compris sur une courte durée. Or, à l’observation, le blocus du JNIM porte atteinte à la souveraineté de l’État malien dans sa capacité à assumer ses missions régaliennes, au premier rang desquelles la sécurisation de son territoire. Mais, plus grave, il n’y a pas que les forces de défense et de sécurité qui en sont impactées, mais aussi les activités économiques qui sont à l’arrêt, la liberté de circulation pour les personnes, l’éducation, la santé et tous les rituels périphériques de la vie ordinaire qui rendent possible le fonctionnement classique du corps social.

Cote d’alerte malgré l’inaction des militaires au pouvoir. L’État central malien n’est certes pas demeuré inactif, loin s’en faut.

Néanmoins, les populations comme les transporteurs des camions-citernes de carburant ne tarderont pas à réaliser que, en dépit de la forte mobilisation des forces de l’ordre pour sécuriser l’acheminement du carburant vers Bamako et d’autres centres névralgiques du pouvoir, l’emprise du JNIM ne cesse de se resserrer et, dans le même temps, l’incapacité, voire l’impuissance de l’État malien à neutraliser les actes de déstabilisation des terroristes sont de plus en plus vouées à l’échec.

La cote d’alerte a été atteinte lorsque, vers la fin du mois d’octobre, certaines grandes chancelleries occidentales ont vivement recommandé à leurs ressortissants présents au Mali de quitter de toute urgence le pays ou de se garder de s’y rendre. Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, dans un communiqué dont cette institution n’est pas coutumière, appelle début novembre la « communauté internationale » à venir en aide sans tarder au Mali, au regard des conséquences désastreuses et de l’effet domino que pourrait induire l’installation d’un régime djihadiste à Bamako.

Où est passée l’AES ?
Au regard de cette dégradation de la situation sécuritaire au Mali et des graves menaces qui pèsent sur sa souveraineté, de nombreux intellectuels et médias africains éludent la question que tout le monde devrait pourtant se poser : où est passée l’Alliance des États du Sahel ? C’est pourtant le moment d’en faire le bilan opérationnel et stratégique au regard des déclarations de bonnes intentions qui ont présidé à sa création.

Aussi, il ne faut jamais perdre de vue que la raison cardinale de la création de l’AES fut la mutualisation des forces de ses trois États membres fondateurs pour combattre efficacement le terrorisme djihadiste, reconquérir leur intégrité territoriale ; bref, réussir là où le G5 Sahel, la France, voire l’Union européenne ont échoué. Bien plus, ces États fondateurs de l’AES ont claqué la porte de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qu’ils disaient inféodée à l’Occident, et, plus récemment, de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).

La force de sécurité commune de 5 000 hommes bruyamment annoncée devrait pourtant faire la preuve de sa capacité opérationnelle au moment où le Mali, l’un des piliers de l’AES, fait face à une menace existentielle. Paradoxalement, l’AES est absente, y compris par le biais d’une communication de réprobation ou offensive.

Protection de la capitale, Bamako

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Le pouvoir de Bamako semble ne plus jurer que par la protection de la capitale, siège des institutions, où se sont manifestement repliés les mercenaires de l’Africa Corps qui semblent ne plus avoir pour mission que de protéger ce qui reste du pouvoir central. Dans le même temps, les terroristes du JNIM s’emparent de camps et de bases militaires, rognent chaque jour un peu plus les domaines régaliens de l’État, comme l’instauration d’un port vestimentaire salafiste pour les femmes, dans les villes tombées sous leur contrôle, ou l’assassinat récent d’une jeune TikTokeuse, Mariam Cissé, fidèle aux Forces armées maliennes (FAMa),, dont la mise à mort sur la place publique a ému l’opinion publique malienne et internationale.

Dissensions entre Bamako et Ouagadougou ?
Par ailleurs, certaines informations font état de dissensions persistantes entre les pouvoirs de Bamako et de Ouagadougou, en dépit des efforts de médiation et d’apaisement de leur homologue nigérien. Ironie de l’histoire, c’est surtout vers la Côte d’Ivoire, pays de la CEDEAO, que vont trouver refuge les nombreux Maliens qui redoutent une déferlante djihadiste sur Bamako.

La question qu’il est urgent de poser est de savoir si l’AES pourrait survivre à la chute du pouvoir actuellement aux affaires à Bamako. Comment comprendre que, alors que la Charte qui crée l’Alliance des États du Sahel prévoit une assistance mutuelle en cas d’attaque extérieure de l’un des États membres, ni le Niger ni le Burkina Faso ne se mobilisent pour sauver le pouvoir de Bamako d’un effondrement qui semble chaque jour se rapprocher dangereusement ? Sans céder à quelque catastrophisme que ce soit, il y a de fortes inquiétudes quant à la pérennité de l’AES comme nouvelle entité géopolitique.

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Désinformation en Afrique : Une enquête de Fact’Africa cartographie les relais pro-Kremlin sur le continent

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Une enquête vidéo publiée le vendredi 24 octobre 2025 par la plateforme Fact’Africa met en lumière un vaste réseau de diffusion de contenus alignés sur les récits du Kremlin dans plusieurs pays africains. Ce travail de fact-checking révèle comment des articles, vidéos et publications sur les réseaux sociaux contribuent à installer, sous des apparences locales, des messages pro-russes dans l’espace médiatique africain.

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ONU : Le temps des indispensables réformes

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✍️Èric Topona.

Le 24 octobre 1945, l’Organisation des Nations unies a été instituée, à la suite de la ratification de la Charte par la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’URSS et la majorité des autres pays signataires. 80 ans après sa création, l’ONU doit être reformée.

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Maisons russes en Afrique ou le soft power de Moscou 

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Comme le font les autres pays, la Russie travaille depuis plusieurs années à mettre en place de nouveaux relais pour renforcer son influence sur le continent africain.

✍️Èric Topona

Les expressions de la puissance et de la domination, dans le champ des relations internationales, ne relèvent pas systématiquement de la coercition brute à l’effet d’imposer une vision ou un ordre du monde. Elles peuvent revêtir des formes diverses dont certaines tiennent de la persuasion des esprits.

Ce paradigme dans la gestion des rapports de force entre États est déjà vérifiable au moment des grandes campagnes d’expansion coloniale. À titre d’exemple, la mission civilisatrice des empires coloniaux européens avait comme leviers de pouvoir, entre autres, la religion chrétienne et l’œuvre « civilisatrice » de l’école occidentale. Même les grands empires conquérants musulmans des siècles antérieurs ont fait usage d’outils semblables dans la panoplie de leurs moyens d’expansion et de domination.

Le soft power, précédents historiques

Le soft power tient ses origines de ces précédents historiques.

Ce concept a cependant été formalisé au début des années 1990 par le géopolitologue américain Joseph Nye (mort le 6 mai 2025 à Cambridge). Il le définit comme étant “l’habileté à séduire et à attirer”, notamment pour une grande puissance aux ambitions hégémoniques. La Russie actuelle de Vladimir Poutine, dans la bataille géopolitique qu’elle livre à l’Occident, précisément à l’Europe, pour imposer son narratif en Afrique subsaharienne et même en Afrique du nord, en fait un usage massif.

Maisons russes en Afrique, creuset de la propagande russe

Les Maisons russes en Afrique sont actuellement le centre névralgique de cette campagne de légitimation de la présence de Moscou en Afrique et, par ricochet, de délégitimation de l’Europe. Ces maisons ayant été présentées à l’origine comme des espaces philanthropiques de diffusion de la culture russe sur le continent africain, force est de constater que l’on ne s’y occupe pas seulement de répandre des connaissances sur la langue, la littérature ou l’histoire glorieuse de la Russie. Elles sont également devenues, au fil des ans, des centres de recrutement, de formation idéologique des agents de désinformation au service des ambitions géopolitiques de Moscou. C’est pourquoi un certain panafricanisme dévoyé, différent du panafricanisme des pères fondateurs, est conçu et diffusé à partir de ces laboratoires du soft power russe.

Maxime Audinet, chercheur “Stratégies d’influence” à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM) et spécialiste de la Russie, en donne une illustration saisissante dans une étude intitulée “En quête de désoccidentalisation : la stratégie d’influence de la Russie en Afrique subsaharienne” : « À l’été 2024, de grands panneaux publicitaires sont dressés sur plusieurs axes routiers de la ville d’Accra, capitale du Ghana. Le visage de Kwame Nkrumah, grand leader du panafricanisme et premier président du pays indépendant y apparaît […]. Juste au-dessous figure un logo carré et vert pomme apparemment sans rapport avec le sujet, celui de la chaîne RT, ou Russia Today, le principal média d’État russe transnational. » Cette propension à travestir l’histoire de l’Afrique à partir de l’Afrique aurait pu être tenue pour négligeable s’il ne s’agissait que d’un fait isolé ou anecdotique. Le plus préoccupant, dans cette entreprise de construction d’une vérité alternative sur l’Afrique, c’est le choix de leur public cible : les jeunes. Qu’il s’agisse des Africains mobilisés par les Maisons russes en Afrique pour leur servir de relais de propagande ou du public ciblé : il s’agit de jeunes qui constitueront, à l’horizon 2050, les deux tiers de la population sur le continent. Ils s’abreuvent de ces contre-vérités historiques, et ce d’autant plus qu’ils sont massivement présents sur les réseaux sociaux. Sur ces plateformes où le discernement est l’exception, où tout effort de fact-checking est plutôt suspecté de servir les intérêts de l’Occident, les influenceurs à la solde de Moscou sont plutôt considérés comme de braves combattants, voire des héros en lutte pour la libération et la souveraineté de l’Afrique.

L’avenir des Maisons russes en Afrique

Quel avenir pour ces Maisons russes en Afrique ? Cette interrogation, en dépit de son actualité et de sa gravité, n’a pas encore trouvé de réponse appropriée. Et pour cause, ces outils de propagande et de désinformation que sont les Maisons russes en Afrique s’implantent et s’étendent avec le soutien affiché et appuyé de certains régimes autoritaires et antidémocratiques qui redeviennent à la mode en Afrique subsaharienne.

Ces régimes sont d’autant plus à l’aise avec le narratif sur un complot des puissances occidentales contre l’Afrique qu’ils peuvent ainsi masquer leurs échecs ou trouver des boucs émissaires, notamment quand ils se montrent incapables de répondre aux besoins essentiels de leurs populations. Cette dynamique est particulièrement perceptible dans les nouveaux régimes autoritaires qui essaiment au Sahel, dissolvent tous les contre-pouvoirs, embastillent les opposants politiques et les voix de la contestation dans la société civile. Or, dans le même temps, ces nouvelles tyrannies qui se rangent sous le parapluie protecteur de Moscou accumulent des échecs cuisants sur le terrain de la lutte contre le terrorisme.

En revanche, la propagande de Moscou, dont les forces paramilitaires sont pompeusement présentées comme les protecteurs et les libérateurs de l’Afrique, attribue ces échecs aux agents militaires de l’Occident, qui agiraient dans l’ombre aux côtés des terroristes djihadistes.

Cependant, un basculement s’opère et progresse dans les opinions publiques. Les échecs visibles de ces régimes et leur incapacité à faire reculer la corruption, à garantir aux populations un bien-être minimal, décrédibilisent de plus en plus le narratif de Moscou et de ses alliés.

 

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Tchad : Saleh Kebzabo : « Il n’y a pas que des conflits armés au Tchad »

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Le Médiateur de la République du Tchad, l’ambassadeur Saleh Kebzabo, répond aux questions de VentdAfrique.com. Journaliste de formation, il préside depuis 1992 l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR). Il a occupé plusieurs fonctions politiques à divers niveaux : tour à tour ministre, député, Premier ministre de transition. L’ambassadeur Saleh Kebzabo est donc l’une des personnalités politiques incontournables de la vie politique tchadienne. Le parcours professionnel et politique de l’ancien opposant à Idriss Déby Itno, sa connaissance des rouages de la haute administration​ publique de son pays et son aura à l’international en font à la fois l’un des grands témoins et l’un des grands acteurs de la marche du Tchad contemporain. ​C’est à ce titre qu’il s’exprime dans ​VentdAfrique.com sur le sens de ses fonctions​ de Médiateur de la République et sur ​certains sujets brûlants de ​l’actualité politique nationale dans l’exercice de sa mission de pacificateur de la République. Interview.
Ventdafrique.com : Le 5 février 2024, vous avez été nommé par décret Médiateur de la République. Un peu plus d’un an après, vous sentez-vous à l’aise dans vos nouvelles fonctions ?
Amb. Saleh Kebzabo : Quand on est nommé à une fonction publique comme celle-ci, votre propre satisfaction n’est pas la chose la plus importante. C’est le travail fait qui est important en fin de compte.
Le plus important, c’est d’être à l’écoute des populations que l’on sert. Tout comme les conflits qui surgissent dans l’administration entre les travailleurs et l’État central.
Il en est de même des conflits intercommunautaires, des conflits fonciers, des conflits entre éleveurs et agriculteurs. Sans oublier les rébellions contre l’État.
Face à tous ces défis, nous avons fait ce qu’il était possible de faire. Les résultats que nous avons enregistrés sont globalement positifs.


Ventdafrique.com : Pouvez-vous nous citer en quelques exemples vos acquis ? Qu’est-ce que vous avez fait concrètement pour désamorcer certains foyers de tension ?


Amb. Saleh Kebzabo : C‘est un ​peu ce que j’ai voulu montrer dans ce que nous faisons pour qu’on en voie la variété. Mais vous les réduisez aux seuls foyers de tensions.
Vous avez des syndicalistes. Par exemple, dans le cas d’une grève sèche qui va vous priver de la santé publique et de l’enseignement ou de tout autre service public, nous sommes intervenus pour arrêter des grèves afin qu’elles ne soient pas déclenchées.
On a géré certains problèmes entre l’administration et les administrés.
Nous avons été saisis par exemple pour régler les problèmes de chefferie traditionnelle dans les cantons qui veulent s’installer et qui éprouvent des difficultés.
Globalement, ceux qui ne connaissent pas bien la mission du Médiateur de la République ne voient que les conflits armés.
Mais il n’y a pas que les conflits armés. Il ne faut pas sous-estimer tous les autres conflits.
Nous sommes aujourd’hui sur un dossier très compliqué : la situation qui prévaut dans le Tibesti (Nord-ouest du pays, ndlr). Les forces récemment déployées dans la province du Tibesti ne sont pas destinées à porter atteinte aux populations civiles de cette partie du pays, si c’est n’est pour faire respecter l’autorité de l’État. Il y a des gens qui ont apparemment un intérêt à tirer les ficelles, un intérêt personnel.
Nous espérons bien conclure globalement avec nos frères du Tibesti un accord définitif. On a déjà conclu, le 20 avril dernier, un accord de paix avec cette milice du Tibesti, mettant ainsi un terme à plusieurs années d’instabilité dans la localité aurifère de Miski. L’accord que j’ai signé en tant que Médiateur de la République prévoit une amnistie générale pour les membres des forces tchadiennes de défense et de sécurité et pour ceux du comité d’autodéfense de Miski qui ont participé aux affrontements pendant la période 2019-2020. ​Je rappelle, pour m’en réjouir, qu’un accord de paix a été signé récemment entre le Gouvernement tchadien et le Comité populaire Diffa Al-Watan de Miski. L’accord de paix historique est « destiné à consolider la stabilité et à favoriser le développement dans la région du Tibesti ». L’accord a été signé grace à la facilitation de Monsieur Brahim Edji Mahamat, diplomate de la Communauté des États sahélo-sahariens (Cen-Sad).
D’autres avenants le seront aussi avec d’autres groupes afin que, d’ici quelques semaines, nous puissions vraiment en finir afin que les enfants de cette partie du pays puissent respirer, jouir de leur liberté, des richesses nombreuses, variées, énormes, de leur région dont ils sont privés aujourd’hui, et faire en sorte qu’ils se sentent Tchadiens à part entière et non entièrement à part. C’est pour cela que nous sommes en train de nous battre en ce moment.


Ventdafrique.com : Pourtant, selon nos informations, les hostilités auraient repris dans le Tibesti entre les membres du comité d’autodéfense et l’armée nationale tchadienne qui a été redéployée dans la région.


Amb. Saleh Kebzabo : Non, il n’y a aucune hostilité, aucune arme qui a crépité. Ce n’est pas vrai. Ce sont des informations erronées.
Pour freiner ou annuler ce que nous sommes en train de faire de positif, il y a des gens qui ont un intérêt à ce que la situation se détériore. Ils ont intérêt à ce qu’il y ait une tension dans le Tibesti. C’est une des régions les plus riches de notre pays. Mais elle souffre de ses richesses justement. Ils sont nombreux qui souhaiteraient que la situation n’évolue guère afin que ces richesses continuent d’être bradées comme elles le sont actuellement.
C’est le sens de l’appel que nous lançons aux enfants du Tibesti pour qu’ils comprennent qu’il faut que nous sortions de cette situation pour entrer dans une autre ère où les richesses minières et touristiques profiteront globalement à tout le Tibesti et à tout le Tchad et pas seulement à quelques individus.


Ventdafrique.com : De plus en plus de voix, y compris au sein du gouvernement, se disent favorables à l’adhésion du Tchad à l’Alliance des États du Sahel (AES). Quel est votre point de vue ?


Amb. Saleh Kebzabo : Nous avons, il y a quelques semaines, écouté effectivement le porte-parole du gouvernement, Gassim Chérif Mahamat, dire cela. Et il a précisé s’être exprimé à titre personnel. Nous lui avons fait comprendre qu’un porte-parole du gouvernement ne parle pas à titre personnel, il parle au nom du gouvernement et je crois que cette mise au point a été faite.
Cela étant, moi, Médiateur de la République, je pense qu’il n’y a absolument aucun acte qui a été posé en direction de l’AES.
Le moment venu, je m’expliquerai plus longuement là-dessus, mais je peux d’ores et déjà dire que, pour l’instant, le Tchad n’a pas l’intention d’adhérer à l’AES. Car l’AES appartient à une autre région. Les pays qui la forment ont une autre histoire, une autre culture, un autre environnement. Nous n’avons donc pas une histoire commune qui peut nous amener à être ensemble dans une direction comme celle que nous voyons aujourd’hui. Le Tchad reste un pays démocratique.
Nous avons géré notre transition avec beaucoup de bonheur.
Nous vivons une démocratie assez difficile, certes, mais une démocratie pluraliste qui fait que la liberté d’expression existe dans notre pays.
Je ne vois pas pourquoi on va adhérer à l’AES. Dans les pays ​qui en font partie, des voix critiques sont arrêtées, emprisonnées, d’autres disparaissent, des partis politiques sont dissous et la liberté de presse est bâillonnée.


Ventdafrique.com : Comment analysez-vous l’environnement actuel dans les pays de l’AES ?


Amb. Saleh Kebzabo : Je ne souhaite pas donner mon point de vue là-dessus parce que je suis Médiateur de la République du Tchad. Et j’ai un devoir de réserve sur ce qui se passe dans les autres pays, qu’ils soient voisins ou lointains.
Donc je vais garder, non pas une neutralité, mais un devoir de réserve qu’il est important de préserver. Parce que ma parole a une portée. Je ne souhaite pas qu’elle puisse être mal interprétée ou mal comprise.


Ventdafrique.com : Dans le contexte des transitions politiques observées dans certains pays de la sous-région, comment les institutions indépendantes comme la Médiature peuvent-elles contribuer à la préservation des libertés fondamentales et à la promotion du dialogue entre les citoyens et les autorités ?


Amb. Saleh Kebzabo : La Médiature est une organisation tchadienne. Nous œuvrons pour plus de liberté et de paix, pour l’unité et la réconciliation nationale. Ce sont les maîtres-mots qui guident nos actions pour éviter que notre pays ne revive des périodes sombres de son histoire.
Vous savez, la conquête des libertés est une œuvre difficile et de très longue haleine ; et elle n’est jamais terminée.
Elle n’est jamais, jamais achevée. Nous continuons à nous battre pour que les libertés conquises demeurent.
Nous allons continuer à nous battre pour qu’il n’y ait plus de dérive dictatoriale dans notre pays, parce que ces reculs pourraient advenir à tout moment. Et lorsque pareille situation se fait jour, il est toujours difficile de s’en extirper.
Je crois que c’est ce que nous vivons depuis la transition.
Nous le voulons, nous l’avons souhaité et nous allons continuer à vivre dans la liberté.
C’est la chose la plus importante. Dans un pays comme le nôtre, c’est un acquis qu’il faut préserver absolument parce que, sans liberté, on ne peut absolument rien entreprendre de profond dans un pays.
Nous allons donc nous battre. Et dans la fonction que j’occupe aussi.
Je vais me battre pour que ce soit en toute liberté que nous continuerons de travailler dans notre pays pour que la démocratie demeure une réalité.
Ventdafrique.com : Depuis le 26 juillet 2023, le président Mohamed Bazoum est toujours détenu à Niamey, en compagnie de son épouse, après son renversement par l’ancien commandant de la garde présidentielle nigérienne, le général Abdourahamane Tiani. Son sort semble ne plus préoccuper l’opinion africaine et internationale.

Le pensez-vous aussi ?


Amb. Saleh Kebzabo : Je ne le pense pas et je n’ai pas le droit de le penser. Sur un plan tout à fait personnel, le président Bazoum et son épouse sont des amis de longue date.
Je continuerai toujours à les soutenir pour diverses raisons : politiques et humaines, entre autres. Ils ont mon appui.
Ils ont aussi l’appui de beaucoup de pays, de beaucoup d’institutions internationales. Il ne faut pas penser que leur cas est tombé dans l’oubli.
Pas du tout. Il y a des actions qui sont menées sur le plan diplomatique. Donc, pour leur réussite, il ne faut pas les ébruiter, mais des actions sont menées pour obtenir leur liberté, leur libération.


Ventdafrique.com : L’ancien Premier ministre de transition, Succès Masra, a été condamné mi-mai dans le cadre des violences de Mandakao à 20 ans de prison et à verser une amende d’un milliard de francs CFA (environ 1,5 million d’euros). Il a été reconnu coupable par la Première chambre criminelle de la Cour d’appel de N’Djamena pour « diffusion de messages à caractère haineux et xénophobe » et de « complicité de meurtre ». Son procès a-t-il été équitable ?


Amb. Saleh Kebzabo : Je n’ai pas d’opinion en tant que telle à donner sur sa condamnation. Succès Masra est un leader politique d’envergure. Tout le monde le sait et le reconnaît. Je voudrais tout de même rappeler que le symbole, l’idole de Masra, c’est Mandela, et donc ça veut dire qu’il sait que, quand on est un grand leader politique, malheureusement pour nous en Afrique, on passe toujours par la case prison.


Maintenant, cela est-il justifié ou pas ?


Ça, c’est un autre débat. Mais je voudrais tout simplement dire qu’il faut que nous restions dans la légalité. On ne peut pas agir en dehors de la légalité.
On doit respecter la liberté des personnes. On doit, pour toute interpellation, de quelque nature que ce soit, le faire dans les règles de l’art, c’est-à-dire respecter le droit, rester dans le droit, juger dans le droit, condamner ou pas, éventuellement dans le droit.
Ainsi, l’affaire Masra n’est pas une petite affaire, c’est une affaire nationale.
Et il faut qu’on s’entoure de toutes les règles et de toutes les garanties de droit pour gérer cette affaire et éviter tout dérapage de quelque nature que ce soit, d’où qu’il vienne.


Ventdafrique.com : Peut-être qu’il pourrait bénéficier d’une mesure de clémence, d’une grâce présidentielle ou d’une amnistie si toutes les voies de recours qu’il a intentées n’aboutissent pas ?

Amb. Saleh Kebzabo : Je pense que, pour le moment, on n’y est pas encore arrivé.
Propos recueillis par Éric Topona

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