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International : les promesses de Moscou n'engagent-elles que ceux qui y croient ? 

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Dans un mois​ (les 28 et 29 octobre 2026), les chefs d’État et de gouvernement de nombreux pays africains se retrouveront à Moscou dans le cadre du sommet Russie-Afrique.​ Cette rencontre, après les éditions précédentes qui s'étaient tenues à Sotchi en 2019 et à Saint-Pétersbourg en 2023, sera précédée et accompagnée par le Forum économique et humanitaire Russie-Afrique.

✍️Éric Topona

Cet outil géopolitique, au service du déploiement de l’influence russe en Afrique, se situe dans un contexte sensiblement différent de l’enthousiasme suscité par le sommet de Sotchi en 2009, bien loin des lendemains qui chantent qu’annonçaient les prises de parole d’officiels russes et de certains membres des sociétés civiles africaines, notamment francophones. La Russie de Vladimir Poutine s’affirmait alors comme la promotrice et la garante d’un ordre international multipolaire, conformément à la Charte de l’ONU. Mais aussi et surtout comme le partenaire fidèle d’une Afrique qu’elle accompagnerait dans la mise en place d’une véritable architecture de sécurité continentale et dans l’indispensable processus de son développement par son industrialisation.
 
Hiatus entre la parole et l'acte
 
En 2026, force est de constater que nous sommes dans une Russie à mille lieues de ces discours. S’agissant de la Charte des Nations Unies, la Russie de Poutine en a allègrement violé les fondamentaux dans sa guerre d’agression contre la République souveraine d’Ukraine depuis plus de quatre ans. Pour des États africains, où le thème de la souveraineté émaille si souvent les discours officiels, y compris au sein de l’opinion publique, la persistance de Moscou à entretenir cette guerre en dépit de son enlisement manifeste est pourtant une évidence qui s’impose à tous.
C'était d'autant plus vrai qu'en février 2022, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, ainsi que les missions diplomatiques russes juraient qu'il n'y aurait pas d'invasion de l'Ukraine, estimant alors que les avertissements alarmistes des Occidentaux quant à cette éventualité n'étaient que des « provocations ». Pour Vladimir Poutine, disaient-ils, les accords de Minsk (signés en 2014 et 2015 à Minsk, en Biélorussie, et destinés à mettre fin à la guerre dans l'est de l'Ukraine), entérinés par le Conseil de sécurité de l'ONU, demeuraient « la seule base de règlement » du conflit dans le Donbass. Mais le 24 février 2022, l'armée russe a envahi l'Ukraine et a déclenché une guerre qu'elle continue d'appeler indûment « opération militaire spéciale ».
 
​Stratégie diplomatique et géopolitique

Ce hiatus entre la parole officielle de Moscou et ses actes sur le terrain des relations internationales est en réalité une constante de sa stratégie diplomatique et géopolitique. Les dirigeants du « Sud global » auront certainement cette inconséquence à l’esprit pour ceux qui décideront de se retrouver les 28 et 29 octobre autour du maître du Kremlin. Dans sa communication et ses éléments de langage sur le sommet Russie-Afrique, le ministère russe des Affaires étrangères vante plutôt les projets de coopération dans des domaines vitaux pour l’Afrique tels que l’industrie, l’agriculture, l’énergie, les infrastructures. Or, à l’épreuve des réalités, on constate tout un fossé entre la parole et les actes.
Le prochain sommet Russie-Afrique ne va pas se tenir dans un pays africain. Mais il se tiendra de nouveau à Moscou et toute son organisation sera chapeautée par la diplomatie russe.
 
​Les fleurs n'ont pas tenu la promesse

Dans de nombreux pays africains, la Russie a fait la promesse de les accompagner vers la domestication du nucléaire civil afin de combler leur déficit énergétique. Hormis la ​centrale nucléaire d'El-Dabaa​ (une centrale égyptienne située à Al-Dabaa dans le désert libyque à l'ouest d'Alexandrie​) construite en Égypte, par ailleurs premier partenaire commercial de la Russie en Afrique, dans les autres pays africains, ces projets n’ont pas franchi le seuil du mémorandum d’entente. Au Niger, une coopération a été initiée en ce sens après le coup d’État de​ juillet 2023 qui a porté la junte actuelle au pouvoir, des discussions ont été ouvertes, mais aucune réalisation n’a été faite. 
Au Nigeria, un accord pour la construction d’une centrale nucléaire a été conclu avec l’opérateur russe Rosatom, mais aucun chantier n’a été lancé. En Ouganda, un accord similaire a été signé en 2019 entre Moscou et Kampala.
Or c’est plutôt une exploitation de l’uranium qui est évoquée vers 2050. Une dizaine de protocoles d’intention ont été signés dans ce secteur avec des États africains. Seul le projet égyptien a été réalisé.
S’agissant de la coopération sécuritaire, la Russie est bel et bien présente dans plusieurs pays africains, notamment ceux de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la République centrafricaine.  À l’heure du bilan d’étape sur ce volet, là où l’on croyait voir émerger de véritables armées africaines, autonomes et modernes grâce aux acquis et au savoir-faire de l’armée russe, c’est plutôt un déploiement permanent de paramilitaires russes, des mercenaires qui peinent à sécuriser ces pays, tout en s’illustrant dans de véritables entreprises de prédation par le pillage de leurs sous-sols. L’exemple récent du Mali, où plusieurs paramilitaires russes et des membres des ​forces armées maliennes (FAM​) ont trouvé la mort suite à des assauts djihadistes, n’est que la suite d’une longue série.
Dans un récent article, Africa Intelligence a affirmé que "les supplétifs russes ont récemment requis une augmentation de leur dotation en carburant auprès de l'État malien afin de poursuivre leurs opérations contre les groupes djihadistes. Une demande d'autant plus pressante que le pays fait face à une nouvelle vague d'attaques.
Il n’aura donc pas fallu une décennie pour que la propagande russe en Afrique et bien au-delà perde en crédibilité, s’agissant notamment du bouclier invincible dont elle se prévalait pour certains pays du « Sud global » ; de même que ses promesses mirobolantes de contribuer de manière massive et décisive à l’industrialisation du continent africain.