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Dr Mahamat Awaré Neissa : « La paix n'est pas un acquis, c'est un combat quotidien de chaque citoyen »

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ENTRETIEN EXCLUSIF | POLITIQUE & SOUVERAINETÉ👇👇👇

Ancien directeur général de l'ADAC (Autorité de l'aviation civile) et ancien président du Collège de contrôle des revenus pétroliers, Dr Mahamat Awaré Neissa cultive aujourd'hui la discrétion. Loin des projecteurs institutionnels, il partage son temps entre l'écriture, la lecture et l'accompagnement de la jeunesse tchadienne. Témoin privilégié des soubresauts de l'histoire récente du Tchad, il revient dans cet entretien sur son parcours, sa vision de la géopolitique, son engagement pour la paix et son grand projet éducatif pour l'aviation civile nationale.

— Monsieur Neissa, vous vous êtes fait plus discret depuis votre départ de la tête de l'ADAC. Comment se compose votre quotidien aujourd'hui ?


👉Mahamat Awaré Neissa : La discrétion n'est pas un repli, c'est un choix de recentrage. Lorsque l'on a exercé de hautes responsabilités publiques, on ne décroche jamais vraiment de son pays, mais on change de posture. Aujourd'hui, mon temps est habité par la lecture, l'écriture de mes livres et une attention de tous les instants portée à la vie de notre nation. J'observe, j'analyse et surtout, je prends le temps de transmettre. Être en retrait des charges officielles permet d'avoir le recul nécessaire pour penser l'avenir plus sereinement.


— Vous jouez un rôle de conseiller de plus en plus écouté au sein de votre communauté, notamment auprès des jeunes. De quoi ont-ils besoin selon vous ?


👉Mahamat Awaré Neissa : Ils ont d'abord besoin d'écoute et de repères. Les jeunes Tchadiens regorgent de talents, d'intelligence et d'une formidable énergie, mais ils font face à des doutes légitimes face à l'avenir. Mon rôle, à mon petit niveau, est d'être un passeur d'expériences. Je leur répète que la facilité ne mène nulle part et que la construction d'un pays exige de la rigueur, de la patience et de la résilience. Ils ont soif de repères solides ; ils cherchent à comprendre d'où nous venons pour mieux savoir où aller.


— Ayant traversé et été témoin des différentes guerres civiles qui ont secoué le Tchad, la paix est devenue votre créneau central. Comment l'œuvrez-vous au quotidien, sans fonction officielle ?


👉Mahamat Awaré Neissa : La guerre, je l'ai vue de près, j'en porte la mémoire et les cicatrices morales. C'est un gouffre qui détruit des décennies d'efforts en quelques semaines. C'est pourquoi, aujourd'hui, mon combat le plus intime est la préservation de la paix.
On n'a pas besoin d'un décret ministériel pour prôner la concorde. La paix se construit dans les têtes et dans les cœurs, par le dialogue intergénérationnel, par la tolérance et en désamorçant les tensions du quotidien. Chaque fois que je peux apaiser un conflit communautaire, encourager la modération ou rappeler à un jeune que la violence n'est jamais une solution durable, je remplis mon devoir de citoyen. La paix n'est pas un simple silence des armes, c'est une justice vécue au quotidien.


— Votre parcours vous relie à la fois à la Russie, où vous avez effectué vos études, et à la France, où vous conservez de solides réseaux. Comment lisez-vous l'évolution des relations internationales et de la politique intérieure du Tchad à travers ce prisme ?


👉Mahamat Awaré Neissa : J'ai une profonde affection et un grand respect pour ces deux nations qui ont forgé des aspects de mon parcours. La Russie m'a offert une rigueur académique et scientifique solide, tandis que la France m'a permis de nouer des partenariats et des réseaux influents.
Le Tchad d'aujourd'hui se trouve au carrefour d'un monde en mutation rapide. Notre politique intérieure ne peut plus s'isoler des dynamiques géopolitiques mondiales. La souveraineté d'un pays comme le nôtre réside dans notre capacité à diversifier nos partenariats sans nous inféoder à personne. Nous devons traiter avec tous ceux qui respectent nos intérêts vitaux, notre intégrité et notre peuple. Le Tchad a vocation à être un pont, pas un champ de bataille pour des influences extérieures.


— Vous portez un grand projet qui vous tient particulièrement à cœur : la création d'une école professionnelle de l'aviation civile au Tchad. En quoi est-ce une urgence pour notre pays ?


👉Mahamat Awaré Neissa : C'est le grand projet de ma vie d'expert et de patriote. L'aviation civile n'est pas seulement un luxe de transport ; c'est un levier stratégique de souveraineté, de désenclavement et de développement économique pour un pays continental comme le Tchad.
Mon ambition est de bâtir une véritable école professionnelle de l'aviation civile au Tchad afin de former une génération entière de jeunes ingénieurs, techniciens et spécialistes nationaux dans tous les domaines techniques de l'aéronautique (maintenance, navigation, gestion aéroportuaire, sécurité). Aujourd'hui, nous dépendons encore trop de l'extérieur pour des compétences hautement techniques. Former notre jeunesse locale, c'est lui donner les clés de l'excellence et doter notre pays d'une autonomie durable dans un secteur où la rigueur ne tolère aucun compromis.


— Un mot pour conclure ?


👉Mahamat Awaré Neissa : Restons confiants dans la force de notre peuple. Le Tchad a traversé de rudes épreuves, mais sa jeunesse est sa plus belle promesse. Si nous unissons nos efforts autour de la paix, du travail et de l'éducation, notre pays saura occuper la place qui lui revient de droit dans le concert des nations.

✍️Propos recueillis par la rédaction.